Prévision

Il y aura
Tu verras

Un moment
Où les choses

Difficiles
Aujourd’hui

Signalaient
Seulement

Leur arrivée
Parmi toi.

(14 octobre 2005, Brest)

Bombes

L’église est bombardée de très haut
Dards minuscules d’une rare densité
Tirés au rythme d’un par an
Mille ans par nuit

Les fumées planent, horizontales
Je lui en montre les rubans
L’impact est redoutable
Le ciel absolument bleu

D’abord, elle ne me croit pas
Puis des plaques perforées
Tombent à plat
Incandescentes et voraces

L’église est la proie de la vitesse
Le village, d’une ruée de plomb
Nous n’essayons pas de filer
Le bulbe du clocher éternue en dedans

Des fragments d’enveloppe en métal
Tombent à une allure de feuille
Peau morte de l’armure
Quelque part accroupie là-haut

On ne voit rien venir
Et ça nous entre dans les pieds
Sans voir l’humble trésor de nos peaux
Il est trop tard il est trop tard

Il est trop tard il est trop tôt.

(9 octobre 2005, Faches-Thumesnil)

Contact

J’arrête un couple
Dans la rue

Vous avez vu ?
Nous sommes là

On apprend
Dans le même temps

Que la terre
A été pénétré cette nuit

Toute surveillance tue
Par un arbre électrique

Comme elle n’en a pas subi
Depuis ses débuts

Et qu’un ministère
Prévoyant conserve

Douze heures intact
Dans un site secret

Du désert profond
À l’opposé d’ici

Une parcelle de ce contact
Sans équivalent

Et vous ? me disent-ils
Tandis que je m’éloigne

Vers un autre couple
Je n’y suis plus déjà

Je ne reste pas longtemps
Dans ce genre de rêve.

 

(1 octobre 2005, Douarnenez)

Dingue

Je vous regarde passer
Moi dangereusement détaché

On aurait des fronces au ciel
À bien regarder

Et des averses de caoutchouc
Les murs ont l’air souple

J’ai l’air de peser
D’un début de liquidité

En traversant la cour
Mais je m’en fiche

On a tout logé maintenant
Dans une tête d’épingle

On s’est condensé
Dans une seule granule

Il n’y a pas plus incassable
Dans le domaine humain

Et j’observe ma frange
Dangereusement détaché

Mais rien n’empêche d’avoir froid
À une extrémité

Soudain ou de s’empiffrer
De fumée je me demande

Si toute cette fumée en gelée
N’est pas le monde

Ou dans un état de stupeur
Qu’on n’aurait pas découvert

Ça dure comme ça veut
Ni froid ni confortable

Ni désastreux ni désespéré
On a l’air détaché du mur

De l’escalier, du chat, de soi
Minuscule œil perché

À se regarder passer
Dangereusement libre.

 

(30 septembre 2005, Brest)

Stéréotype

Elle s’était mise en danger
Dans une affaire de mœurs

Où j’avais trempé
Page trois du journal

Un numéro jamais sorti
De nos bousculades

Elle avait sa mentalité mâle
À cette époque-là

Entrer dans le corps de l’autre
Un pied par terre

Politique du moindre dégât
Vider la boîte d’allumettes

Dans des passades vives
Et les types les plus brefs

Mais elle avait l’outil
Pour les gazouillis de mouche

De l’affection durable
Dans des espèces d’avenirs

Je ne parlais pas assez vite
Pour avoir l’air de mentir

D’ailleurs je ne mentais pas
Elle s’était mise à l’amour

En page trois du moins
Voilà la version du journal

J’apprenais pour ma part
À lever la pellicule

Des flaques de sous-bois
Sans les déchirer

J’aurais pu l’écorcher
Elle avec la même délicatesse

Elle s’était mise en danger
Tout à fait renseignée

J’ai trouvé ça dans les archives
Et ça m’a ému, tu vois, ce risque.

 

(19 octobre 2005, Douarnenez)