Courant

La lionne brise l’antilope
Toute vie se transforme

Ça doit produire du courant
Pensais-je, sur le point de dormir

En l’inventant, Dieu n’a pas dû penser
Que l’on s’attacherait tant.


(An Ividic, 5 septembre 2008, 9h14)

Se transporter (a)

En 1492, le psychogéographe Christophe C. s’arrache au monde connu : il confie son organisme à l’idée que l’Ouest a de beaux jours devant lui.
Sur le plan pratique, sa thèse s’appuie sur la capacité des coques en bois à peu pénétrer la surface océanique et sur une grande confiance en la cinétique venteuse.
L’opération repose, en outre, sur la conviction qu’il est devenu impossible de tomber (d’une sphère). Tout va bien.

Se transporter (b)

En 1492 du cathocalendrier, Christophe C. s’embarque avec une poignée de bras. Et pas mal de cuillères à soupe. Les premières plages sont mangées vers la fin de la même année.
Descendre des bateaux incarne illico l’Amiral (principe d’expansion des vanités dans le vide -ici un grand pan de Terres Nulles- et principe de condensation des lubies).
En réalité, Christophe C. ne s’est pas tiré du monde connu, il en a déplacé un peu. Constatant la chose, il se scinde en deux (voir c).

Se transporter (c)

L’Amiral se ramène en Europe, son point de départ, muni d’un carnet d’adresses et d’attestations vivantes. Indigènes et perroquets béniront la Castille, berceau des actionnaires.
L’autre rédige, debout sur la plage lointaine, la formule continue par laquelle, aussitôt neuve, la conscience s’embue (principe de bouche bée). Il doit y être encore.
Deux ans plus tard, l’Amiral revient, parcourt la plage, cherche son double : le premier a vieilli, le second a poussé.
Un indigène sort du rideau d’arbres et remet à l’Amiral la moitié perdue du journal de bord local : une seule grande feuille d’un vert nervuré.
Il est connu que l’animal s’en fit presque tout de suite un chapeau.

Se transporter (d)

Or, il suffit d’être couché pour voir les choses différemment. 
La joue sur l’oreiller, eh bien, le fauteuil, la table et l’escalier n’ont plus rien de si pratique. Plus rien du tout.
 En dix minutes, le principe de l’homme vertical est à ce point devenu saugrenu que l’on perd encore deux secondes à se demander s’il faudra l’inventer. 
Ou si le rêve en serait sympathique.

Logique

On ne peut pas considérer les robots comme des animaux ; en tant qu’espèce, leur capacité de dépassement n’est pas assez faible. Il leur faudra donc de la littérature, des mythes, des épopées de tas de ferraille.

C’est une réflexion quant à l’avenir de la littérature. Certes, elle semble en forme, mais elle pourrait aussi s’ouvrir à d’autres espèces. Pourquoi pas fournir aux robots la précieuse ressource de la littérature, s’ils en veulent ?

Je ne vois pas pourquoi ils n’accèderaient pas à une forme d’autoreproduction, ce qui les poussera ipso facto dans la catégorie des êtres vivants. Toute la vie que nous connaissons résulte d’un code à quatre signes, la leur jongle avec deux.

Vous allez me dire qu’ils ne sont pas faits tous seuls et qu’il est impossible d’affirmer qu’un jouet sophistiqué, dont l’existence marche à l’électricité, pourrait avoir un statut similaire au nôtre sous prétexte qu’il sait se dupliquer.

Vous avez raison, les êtres vivants ont des statuts très différents et personne ne s’est fait tout seul. Les espèces dont le statut nous est familier sont celles dont nous avons besoin et celles qui nous menacent. Nous étudions les autres.

On ne peut pas considérer un robot devenu autonome et capable de se reproduire comme le jouet de notre pensée. Au minimum, il est notre gosse et, comme tel, appelé à filer devant, avec ou sans notre bénédiction.

On n’éteint pas nos gosses le soir sans quelques pages d’un bon bouquin, en phase avec les capacités symboliques, les capacités d’absorption et les capacités de stockage du bambin sur le point de digérer sa grande journée.

C’est vrai ça.

 

 

L’examen Moyak

Ernest Moyak, franco-turkmène, né en 1979 à Dashoguz d’un père dans la coopération et d’une mère Ouzbek. En 2009, Ernest Moyak définit le principe de l’examen qui porte son nom : un système de transfusion cognitive à base de son binaural ; le procédé est applicable aux tests psychologiques. Déployé dans les processus automatiques d’embauche, l’examen Moyak devient populaire à l’été 2016, en pleine disparition de l’emploi, et notamment grâce à une émission publique francophone qui offre de gagner du travail.

Implication immédiate

— Dans ce cas, dis-je à l’animal, il n’y a pas trois solutions, il y en a deux. Et je vais te les dire si tu veux bien patienter dix secondes. La première consiste à déguerpir, quitter cette planète, oui, mon vieux, décamper. Quant à la seconde, la solution sur Terre, je la cherche encore, et tu ferais bien de chercher aussi plutôt que de reluquer cet os de vache, vaurien.

— Dans ce cas, dit l’animal, je vais me le farcir illico, mon nonosse.