Saoul

En ce temps-là, ma mie, nous étions saouls
Mais comme aussi bien demain l’eau pure
Pourra nous sembler venimeuse
Ou les repas de grains, ou la droiture

Il n’y a rien, ma mie, pour endurer
Très longtemps nos efforts d’écorcheurs
Aucun credo de très haut cours
Un ongle actif à peler les vernis

En ce temps-là, ma mie, nous étions saouls
Pour un oui, pour un nan, toujours à cran
Ouvriers peleurs de la peau du mur
Très bien payés par l’idée de l’amoindrir

Il n’y a rien, ma mie, pour endurer
Longtemps nos efforts d’écorcheur
Aucun bond, mais tu sais bien, ma mie
Il y a qu’à la fin nous nous fatiguons.

2-3 novembre 2007, Colognac

Monstre

Le monstre est un quadrupède
Handicapé par ma seule taille

Conçu pour disloquer
Il hoche à tout va, veut servir

Réduire, émietter, répandre
Plus rustre que lui

Un bête programme le lance
Au pied de nos petites idées

Un autre instinct l’ambitionne
De nous dépanner gratis

Pour l’heure, ce zinzin mobilise
Une bonne part de nos kilojoules

On cherche à l’évanouir en douce
À coups d’ampoules d’amour : peste !

Il n’y a guère que nos insomnies
Pour agir un peu et l’ankyloser

L’écriture l’ennuie
La lecture le barbouille

Quant à lui ôter le courant :
La foutue trouille du court-jus

L’élevage de ces énergumènes
Devrait être interdit aux enfants.

An Ividic, 15 septembre 2008, 11h32

Vent

On est allé sur ta tombe avec Suzanne
Et tout son siècle, vers onze heures

Le cimetière est entré dans Sigean
Ou bien la ville s’est étalée

Jour de gros vent capable
De chambouler les poubelles

En emportant le bruit, tu sais
Je voulais te dire quelque chose, pépé, mais…

On ne pesait pas assez pour tenir tête
Et Suzanne avait son air de trop petits pieds

Plus tard elle me demanderait si nous avions parlé
Quand nous étions si légers sur terre.

8 novembre 2007, Douarnenez

Face

Les configurations les plus tordues
Concèdent une veine à la vie brute.

De quoi parles-tu ?

Les arborescences les plus vaines
Bricolent une vrille ascensionnelle.

A qui parles-tu ?

Les confusions les plus robustes
Cotisent toutes à un échappement.

De quoi parles-tu, Pascal ?

L’imbroglio le plus féroce
Trouve à s’auto-lubrifier.

De quoi parles-tu ?

Du moindre mal. Le pire
En produit toujours une goutte ou deux.

Il est si difficile d’y renoncer ?

Les cancers,
Une once de vérité.

Les guerres submersibles,
Leurs bulles indifférentes.

Les déconfitures froides,
Un goût de table rase.

Les corvées de soi,
D’ambitieux relevés. Poèmes ?

Voilà tout ton ciel ?

Et quant à se mettre à mourir
Cette face est fermée.

On l’a su ce matin
Dans un escarpement pénible.

Cette face est fermée
À nos décisions. Tant pis.

Merde au drame et voyons
À quel dégagement gazeux, ce sinistre mène.

21 août 2008, An Ividic, 12h52

A défaut

À défaut de comprendre
On ne comprend que tard

Nous essayons des méthodes
Pour calmer l’éruption

Untel s’accommode de boire
Untel inspire par le ventre

Le vent déplace les arbres
Et moi, je ne dors pas

Un futur livre explique ça
Je ne sais pas qui l’écrit.

18 août 2008, An Ividic, 1h39

De chez JuriGène™

Et au réveil en somme il était mort
Ainsi se termine l’étrange histoire
Du type construit par JuriGène™
Un type affreux vous pouvez croire

En fait on voudrait se demander
Pourquoi vers la fin il a laissé
Au fils, au père, ses poursuivants
La possibilité de le fiche bas

Le fils l’a manqué, le père est derrière
On avait si peu de munitions (quatre)
Le fils flanque dans la porte la dernière
Le type de chez JuriGène™ a gagné

Et pourtant le voilà calme et couché
Et le père a tout loisir d’arracher
Du chambranle la flèche explosive
Et de lui planter plaf dans le cou

À bout portant à bout portant
On a beau sortir de chez JuriGène™
Les yeux fermés, paisible et dégagé
Au réveil, en somme, on est mort

Je sais je sais on ne devrait pas
Tirer le portrait d’un mercenaire
Avec mystère, mais pour en dire ici
Davantage il faudrait l’inventer.

Penvenan, 6 février 2008

Sous le matin

Sous le matin, le ciel est grumeleux
Je m’enroule dedans, nu parmi l’herbe

Cligne un œil, puis l’autre, ça ne passe pas
La densité du ciel n’est pas encore serrée

L’horloge dit qu’il est six heures trente
Douze étoiles plafonnent

La chouette module et s’enfonce dans le val
Un souffle passe sur les éveillés

Aux dernières nouvelles, le tissu du ciel
A quasi repris son tendu normal.

30 août 2008, An Ividic, 7h03

Pluie

Des petits plots d’énergie
Ont l’air de remonter de l’espace

Ce n’est pas qu’ils tombent
Ils sortent du monde

De la table, du toit
De la bassine en fer

Les constellations du ciel
Pètent par terre

La tour de contrôle est allumée
Quelqu’un fait les cent pas

Sur mon compte
Il est cinq heures, je ne dors pas

Des petites grossesses
Se jettent aux arbres, par en dessous

De très petits doigts pincent
Et détendent la peau du toit

Rangs, trilles, aperçus de musique courante
Petit bond d’un audacieux, petits flops

Micro-becs de gaz du côté
De la bassine blanche émaillée

Il est six heures
Et pour survivre au crible

On monte au grognard de la tour
Une écritoire. Et de la pluie.

2 août 2008, Pont l’Abbé, 6h22

Courant

La lionne brise l’antilope
Toute vie se transforme

Ça doit produire du courant
Pensais-je, sur le point de dormir

En l’inventant, Dieu n’a pas dû penser
Que l’on s’attacherait tant.

5 septembre 2008, An Ividic, 9h14