Les olives

Les grands joueurs à la retraite
Se montrent en public
Ils n’ont pas perdu la main

S’amusent à garder l’œil
Et le geste efficaces, ils suivent
La balle jusqu’à l’impact

Puis, l’audience les lasse
Et ils se lancent dans la politique
Ou fédèrent leur nébuleuse

Un auditorium porte leur nom
Et pour ce groupe en stage
La chose est d’importance

Mais quand il faut sucer le sein
De Madame Sagan, l’amateur
Renâcle avec un air très mâle

Ce pli de peau lui suggère
On ne sait trop comment
Le sein d’une femme enceinte

Là-dessus, l’auditorium s’ébranle
Passage d’une armada rageuse
À la verticale des verrières

Il faut se mettre à l’abri dit
Le personnel du lieu (que l’on paye)
Inquiet pour de vrai

Nous voilà dans la rue arborée
Une colonne militaire rabote
La chaussée, ne bronchez pas

Mais le caporal arriéré qui ferme
Le convoi balaye de notre côté
D’un éventail de balles incisives

La jeune femme est touchée
Salement au ventre et sans
Broncher, tombe dans l’herbe

Qu’on la couvre d’un manteau
De laine, non je vous assure
Celui-là convient : il est plus coloré

Et maintenant qu’il faut l’opérer
Avec les doigts des mains sans doute
Et naviguer dans les bulles

On en retire une grande poignée
D’olives assez vertes et camuses
Tout va bien, là, tout va bien.

 

(15 décembre 2004, Douarnenez)