Rivière

Chaque fois je voudrais être calme
Comme un arbre et tremper

Dans toutes les dissensions de l’air
Et parmi tous les plis de la rivière

Et tout dilater dans la cuisson
Et tout ramasser dans l’hiver

Mais quelques fois je voudrais
Tomber je voudrais tomber

Chaque fois quelque chose jaillit
Qui me ferait tomber

Et chaque fois la chaise se dérobe
Qui me ferait tomber

Et rien ne se passe et j’ai
Chaque fois l’air de brûler du précieux

À survoler les chaises
Tandis que je voudrais tomber

Chaque fois je cours après les fusées
Foutues courses dans l’avenir

Des vingt prochaines secondes
Trente hypothèses saugrenues

Trente combinaisons de chimie
Et trois et trois font vingt points virgules

Quelques fois ça pourrait tomber
Restriction générale de l’électricité

Mais je commence à me connaître
Et via quatre ou cinq lubies je fonce

La vie est courte la vie est bien faite
Acheter vendre et la vie migre

Ou bien je rebondis contre
Un atome de tourisme intégral

C’est-à-dire de nudité totale
C’est-à-dire de parfaite déconfiture

Quelques fois je voudrais tomber
Quelques fois je voudrais tomber

Et puis quelque chose passe
Un peu de temps passe

Et il n’y a que nu qui m’aille
Pour tremper comme je veux.

 

(14 juillet 2007, Castelfranc)